Le décrochage et moi

Tout près de la fin du mois de mars, Apple présentait une toute nouvelle gamme de produits pour le domaine de l’Éducation. La présentation était dynamique et, bien certainement, accrocheuse. On avait le goût d’y être, d’entrer dans ce monde éducatif informatisé où chaque personne peut sans exception démontrer le meilleur de soi-même.

J’avoue que la présentation m’a plu car elle m’a ramené à une époque où j’utilisais à chaque jour des outils technologiques pour enseigner à mes élèves. Les projets que les invités ont présentés étaient très emballants! Autant pour les enseignant(e)s que pour les élèves. Je pouvais très bien m’imaginer en train de travailler avec tous ces outils!

Au milieu des années 2000, j’écrivais un blogue éducatif pour présenter toutes les activités que mes élèves faisaient. Ce blogue est rapidement devenu leur portfolio à chacun d’eux. J’expliquais ici-même toutes les démarches entreprises pour monter chaque activité en présentant le plus clairement possible les outils technologiques utilisés. C’était comme un deuxième souffle; ma « flamme sacrée » s’était ravivée!

Juste avant que tout cela n’arrive, j’étais rendu à l’étape de me chercher. Bien honnêtement, je sentais que je tournais en rond avec mes élèves. J’étais tanné d’enseigner les mêmes notions avec les mêmes activités routinières. J’avais besoin d’un défi assez stimulant pour me permettre d’évoluer et de développer d’autres habiletés. Faire du surplace peut être sécurisant à court terme, mais c’est un bon moyen d’éteindre sa motivation.

Je savais toutes les possibilités de l’informatique. Alors, je croyais que les enfants devaient apprendre à maîtriser tous ces nouveaux « médiums » car j’envisageais qu’ils ne seraient pas suffisamment prêts à faire face au monde d’informations dans lequel nous allions tous être plongés jusqu’au cou!

Mais depuis quelques années, j’ai délaissé tout cela…

Bon, j’utilise bien un TNI à chaque jour et je le fais surtout utiliser aux enfants. Toutefois, nous n’obtenons jamais de produits finis, de travaux à présenter qui démontrent l’accomplissement ou les progrès. Alors, j’ai l’impression de piétiner, de faire du surplace. Entretenir sa flamme sacrée est une tâche complexe car il faut croire que l’on a la capacité de bonifier les habiletés d’un être humain au point où son destin en sera mieux.

Ainsi, à certaines périodes durant l’année, j’essaie tant bien que mal de revenir à mon blogue. Je tente de trouver des idées de billets à écrire. Je m’emballe un peu lorsque j’ai l’impression d’avoir un bon filon. Je m’installe devant mon ordinateur et je fais un brouillon. En fait, je débute un court texte. Je le mets de côté en doutant du bien fondé de ce que je veux dire. Je me dis que je vais y revenir. Puis, je laisse tomber.

À chaque année, c’est la même rengaine.  Décrochage ou non?

Je suis en train de penser que j’ai décroché. Pas de l’enseignement! J’adore mon travail et j’ai déjà des projets pour l’année prochaine avec l’équipe d’enseignantes du 3e cycle. Je ne pourrais être plus engagé que cela. Des projets que j’ai très hâte d’expérimenter d’ailleurs et dont je vous parlerai peut-être à un moment donné.

Ma motivation face à l’usage des technologies en éducation est vraiment à son plus bas et mes convictions ont été ébranlées. Je n’arrive pas à concevoir qu’en 2007, j’enseignais d’une façon plus moderne qu’aujourd’hui en 2018!!! Qu’en est-il dans les autres écoles? Plus technologiques aujourd’hui qu’au milieu des années 2000? J’en doute fort, à tort ou à raison! La formation des enseignants a-t-elle changé au point où ceux qui sont fraîchement sortis des universités savent davantage utiliser les technologies en éducation? Je me le demande…

À une époque où la motivation des enseignants semblent aussi au plus bas et où le « Système » croit qu’offrir plus d’argent sera assez tentant pour attirer des masses de « nouvelles flammes sacrées« , on en oublie le vrai fond du problème.

Combien d’enseignants et d’enseignantes terminent leurs journées avec le sentiment d’accomplissement, la satisfaction d’avoir atteint leur but et d’avoir été utiles à leurs élèves?

Je vous laisse un moment pour y penser… Ou une année, si je ne reviens pas ici de si tôt! 😉

De l’éducation aux médias

Où en sommes-nous avec l’éducation aux médias en 2017? Qu’on me le dise.

Hélas! J’ai bien peur que nous n’ayons pas tellement évolués depuis la dernière fois que j’en ai parlé… En février 2009! [Pour relire ce billet, suivez le lien précédent.]

 

Si les enfants apprennent en regardant leurs parents, que découvrent-ils?

Y avez-vous pensé? Quelles sortes de modèles êtes-vous pour vos enfants?

  • Celui qui texte en conduisant avec son cellulaire sur les cuisses…
  • Celui qui est absorbé par son téléphone malgré qu’il est accompagné par des gens…
  • Celui qui poste tout ce qu’il pense sur Facebook, Twitter et compagnie sans penser aux lendemains…
  • Celui qui entre dans des « joutes de mots » à grands coups de commentaires désobligeants sur les sites journalistiques et autres…
  • Celui qui se valorise ou se dévalorise en comptabilisant les « aime » ou « like » qu’il a obtenu sur Facebook…
  • Celui qui ne peut pas passer plus de 5 minutes sans aller voir sur Facebook ou Twitter ce qui se passe ou se publie…

 

Reprenons, si vous le voulez bien, un passage de mon ancien billet qui explique ce qu’est l’éducation aux médias :

… ne pas être démuni face aux messages que l’on reçoit par les médias, c’est-à-dire : la radio, la télé, les journaux, Internet, les sites web, etc. (Démuni comme dans essayer de tout absorber ce qui passe sur Facebook pendant la pause…)

Les médias sont partout (Ils sont maintenant dans votre poche ou plutôt vous les avez toujours en main.) et ils nous disent constamment comment être (Restez à l’abri aujourd’hui, vous annonce Facebook, car il va pleuvoir. On prend soin de vous et vous êtes important pour Facebook, n’est-ce pas?),

comment agir (Tout le monde doit publier une vidéo de chats, non?), quoi penser (Sur son fil Twitter, vous aurez toujours l’heure juste… Mmm! Vraiment?),

quoi porter (Les publicités qu’on vous propose sur Internet sont exactement taillées à votre pointure, non?),

ce qu’il faut manger, ce qu’il ne faut pas manger, quoi dire (Venez déverser votre poison sur cette situation insoutenable. Dites-nous que c’est inacceptable en nous laissant un commentaire. Tout le monde est d’accord avec vous…), comment se sentir, etc.

Les messages sont nombreux (des centaines de millions par jour) et l’on peut s’y perdre (Comment départager le vrai du faux? Fake News, ça vous dit quelque chose?).

Alors, une personne qui sait comment réagir aux médias est capable de:

 – filtrer les messages qu’elle reçoit (les bons, les positifs, les négatifs, côté humain, côté inhumain)(« filtrer » est une action-clé qui permet d’éviter de sombrer dans l’extrémisme ou l’intolérance… J’y reviendrai dans un prochain billet.)

 – comprendre l’influence que les médias exercent sur sa vie (Qui décide de vos actions? Votre propre jugement ou votre téléphone intelligent? Lequel des deux consultez-vous en premier?)

 – garder le contrôle sur ses émotions et sa liberté de jugement (Le futur vous inquiète parce que nous n’aurons plus d’eau potable ou parce que vous n’aurez plus d’essence pour aller au travail en voiture?)

 – décider ce qui est bon pour elle sans être soumis à une influence (Il vous faut absolument voir toutes les vidéos de chats « postées » aujourd’hui…)

Aussi, cette personne n’est pas démunie puisqu’elle est capable d’utiliser les médias pour communiquer adéquatement avec son entourage ou son réseau social.  Elle évite les pièges de la publicité.  Elle fait un usage civilisé des courriels, des messages textes,  des « environnements sociaux sur le web » (tout le contraire d’intimider, humilier, dévaloriser, …) et elle respecte les droits d’auteur.  Elle reconnaît la propriété intellectuelle et y fait attention.  Elle sait protéger la vie privée des gens qui l’entourent (comme filmer quelqu’un à son insu et « poster » cette vidéo sur Facebook pour obtenir des « like »)  ainsi que la sienne.

Vous êtes-vous reconnu parmi certaines affirmations ou situations décrites ci-haut?

Alors, où en sommes-nous avec l’éducation aux médias? Pas très loin, j’en ai bien peur…

Un outil pour m’aider à prioriser

Nous y revoici! Une nouvelle année scolaire qui commence. Cette rentrée n’aurait rien de bien particulier par rapport aux précédentes si ce n’était de ce climat instable de coupures d’intervenants, de redressement budgétaire et de négociation.

Je crois que je ne surprendrai personne en abordant la priorisation des services. J’imagine facilement que plusieurs écoles du Québec sont dans la même situation que la mienne à ce sujet.

Comme d’autres intervenants, je perçois la pression d’essayer de faire plus avec moins pour répondre aux besoins du plus grand nombre d’élèves en difficulté. Cette pression est d’autant plus difficile à supporter que je sais pertinemment qu’il nous faudra prioriser les interventions pour que j’arrive à fonctionner dans un horaire de cinq jours. La tâche n’est pas simple puisqu’en augmentant le nombre d’élèves à soutenir, je réduis la durée de mes interventions avec chacun.

L’équation est facile à comprendre : moins de temps d’intervention avec un élève égale à peu de progrès.

Je trouve que cette situation est bien imagée en la transposant dans un contexte médical pour mieux en comprendre les enjeux. C’est comme si un médecin faisait un examen médical pour quatre personnes. Il prend la pression de l’un, vérifie les poumons de l’autre, examine les oreilles du troisième et écoute les pulsations cardiaques du dernier. Il pose un diagnostic commun pour les quatre.  Chaque patient ne reçoit ensuite que le 1/4 du traitement. Une situation qui serait intolérable pour tout le monde. Pensez-y bien. Vous refuseriez d’entrer dans le bureau du médecin si vous deviez y entrer avec trois autres patients. Et dans quelle mesure, vous pourriez vous rétablir si vous n’obtenez que le quart de la dose! Tout ça pour sauver de l’argent et augmenter l’efficacité de notre système de santé. Sur papier, ce serait fantastique! Les urgences seraient désengorgées complètement! Pourtant, ce serait désastreux au niveau de la qualité des soins reçus et de la guérison des gens malades.

Mais laissons ce petit exemple pour revenir à la priorisation des interventions.

Je me suis créé un outil que je trouve de plus en plus aidant et c’est pour cela que j’ai décidé de le partager sur mon blogue. Je l’ai appelé la liste de dénombrement des élèves à risque.

Cette grille me permet d’avoir rapidement une vue d’ensemble de tous les élèves à risque, qu’ils aient déjà un code de difficulté ou seulement un PI. En un coup d’oeil, je vois les enfants qui ont besoin d’une aide technologique, qui seront suivi en sous-groupe ou qui doivent recevoir un soutien en individuel. Les lignes pointillées ne sont pas décoratives, mais elles indiquent qu’il est toujours possible qu’un élève soit déplacé d’une colonne vers une autre selon ses besoins et le changement dans les interventions. Ainsi, un nouvel élève peut entrer dans la grille dans la colonne « À surveiller ». Puis, devant la persistance de ses difficultés, il peut se retrouver au niveau 2 (soutien en sous-groupe) sous la rubrique des élèves avec PI. J’ai ajouté la colonne « aides technologiques » pour que ce soit plus facile de dénombrer les élèves qui ont ce besoin. Évidemment, il faut tenir compte du fait que les élèves qui utilisent une aide technologique se retrouvent déjà sous la section des élèves codés ou sous celle des élèves avec PI. Alors, ils ne comptent qu’une seule fois dans le total.

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