Le webmestre pédagogique

Les stratégies et l'expertise d'un orthopédagogue au fil des saisons

Correspondre avec les élèves : les apprentissages

Lorsque j’ai proposé aux parents de démarrer une correspondance avec les élèves, j’avais une certaine idée de ce qu’il était possible d’accomplir. Je savais que je pouvais travailler la structure d’une lettre et que je serais capable d’amener les enfants à corriger leur texte si je leur fournissais une bonne rétroaction.

Comme je l’ai déjà mentionné dans un billet précédent, j’ai repris mon ancienne idée où il s’agit d’utiliser les émoticônes pour donner des indices sur les types d’erreurs. Chaque émoticône est lié à une erreur précise.

Avant de commencer, j’ai expliqué aux parents et aux enfants comment j’allais faire la révision. Je devais être assez précis pour éviter que les parents et leurs enfants doutent de la façon de faire ou ne s’y retrouvent plus. Il me fallait une bonne méthode de travail pour faciliter, d’un côté, la tâche que les enfants feraient à la maison et de l’autre, mon propre fonctionnement. Ce n’est un secret pour personne qu’un outil qui est bien maîtrisé améliore grandement notre efficacité.

Avec une méthode de travail précise :

  • J’encadre la correction des élèves.
  • Je sers de modèle en démontrant une façon de procéder.
  • J’outille les élèves.
  • J’offre des pistes pour permettre à l’élève de se corriger lui-même.

Ainsi, j’ai expliqué que les mots avec une faute seraient soulignés et que je mettrais un émoticône suivi d’un commentaire en rouge entre parenthèses. Voici quelques exemples :

  • En ce moment, je fais juste conter🧐 (« conter » comme « raconter les jours » ?) les jours qui passent […]
  • Je fais trois page🤑(Une ou plusieurs?) par jour avec […]
  • voici😳(Je rougis quand j’oublie la…) la corection🧐(Regarde sur Usito.) : […]
  • À la campagne, il y avais 🥶(Verbe avoir à l’imparfait.) baucoup 🧐(Regarde sur Usito.) de neige […]
  • J’utilise du coton car ses 🔉(ses ça à lui? On peut remplacer le mot par « c’était », donc, il faut écrire « c’est ».) ça que recommande […]

Dans mon prochaine billet, je vous présenterai mon code de révision.

Correspondre avec les élèves : le lien

Projet d’intégration des TIC

J’entretiens une correspondance avec plusieurs élèves depuis six semaines maintenant. Avec certains, le rythme est plus soutenu et se fait à raison de deux messages par semaine environ. Pour d’autres, les messages arrivent dans un délai de 8 ou 9 jours.

Les premiers messages m’ont permis de constater l’inquiétude des parents face à cet arrêt de l’école et la “joie” des enfants de me retrouver. J’étais content de voir que les parents étaient soulagés de pouvoir compter sur mon aide. Je me suis donc entendu avec eux sur la façon de faire mes interventions au niveau de l’écriture. Je leur ai aussi dit que, par la suite, j’essayerais d’offrir du soutien en mathématique en utilisant le bloc-notes de classe dans OneNote. Cependant, il y aurait un délai pour utiliser le bloc-notes car je connaissais peu ce logiciel. Je regardais des tutoriels et je découvrais lentement les grandes capacités de OneNote. J’y reviendrai d’ailleurs prochainement.

Je savais, pour l’avoir vécu il y a de nombreuses années, qu’il pouvait être intéressant de travailler l’écriture, tout en expédiant des messages à quelqu’un. À l’époque, j’avais une classe de 5e année régulière et nous participions au projet “Village Prologue”. C’était au tout début de l’Internet et des e-mails (le mot “courriel” n’avait pas encore été proposé pour remplacer le terme anglais.). Pour faire une histoire courte, ce projet d’intégration des TIC permettait aux enfants de correspondre avec un personnage qui vivait dans une seigneurie au 19e siècle. Les tâches d’écriture étaient signifiantes car il y avait un véritable destinataire.

De retour au contexte d’aujourd’hui et au-delà du destinataire signifiant, il y avait également l’enjeu de rétablir le lien significatif. Certains enfants m’ont fait part de leurs craintes face à la situation incertaine que nous vivons. D’autres m’ont mentionné très honnêtement qu’ils étaient contents de ne plus aller à l’école grâce au COVID-19, mais qu’ils s’ennuyaient de leurs amis. Puis, quelques-uns s’inquiétaient de ne pas pouvoir passer Pâques avec leurs grands-parents. J’ai réagi du mieux que j’ai pu à chaque confidence en restant attentif à ce que les jeunes ressentaient sans jugement et sans être moralisateur non plus, le but étant de les accueillir dans leur détresse ou leur peine.

À certains, j’ai confirmé qu’ils agissaient de la bonne façon en évitant de voir leurs êtres chers car cela les protégeait. Respecter les consignes de la direction de la santé publique est une question de civisme et de bon « vivre ensemble » que j’ai expliqué. À d’autres, j’ai proposé d’envoyer un petit message et un dessin à des amis ou à ceux qui leur manquent. J’ai aussi mis certains élèves en contact en échangeant leurs adresses de courriel en obtenant leur accord et celui de leurs parents.

Puis, au fil des messages, certains d’entre eux se sont sentis assez en confiance pour me montrer leurs dessins et leurs peintures, m’expliquer leur passion pour le surf ou la musique. J’ai reçu des directives pour apprendre à faire de la peinture gonflable ou d’autres bricolages.

Je me suis senti privilégié de partager tout cela avec eux. Je les ai vus sous un nouveau jour. J’ai même cru entrevoir les adultes qu’ils vont ou qu’ils peuvent devenir.

Quand les autorités ont parlé de l’importance de garder un lien avec les élèves pour leur bien-être, je savais exactement ce qu’on voulait dire. Depuis ce temps, je réfléchis ou plutôt, je suis retourné à certaines réflexions que j’avais quand j’ai débuté l’écriture de ce blogue. Le combat entre deux concepts : l’École comme institution qui forme les gens selon une connaissance de base pré-établie et l’Individualité d’un talent qui fait que chacun est unique. Entre les deux, l’intégration des TIC en éducation pour alléger ce combat et faciliter l’entrée dans le cadre scolaire.

En cette période éprouvante où tout est mis sens dessus dessous, je suis presque certain que plusieurs parents et une multitude d’enfants se posent des questions sur l’école. Les enfants de leur côté se demandent s’ils veulent vraiment y retourner. Ou encore si c’est assez motivant de penser qu’on veut y aller pour revoir nos ami(e)s. Ou bien si ce n’était pas mieux de travailler de la maison à son propre rythme. Les parents, eux, posent dans la balance, d’un côté la sécurité et la santé, puis de l’autre le développement des enfants et leurs apprentissages. Où va pencher la balance?

Ma proposition aux parents

Une émoticône du code de révision

Après avoir été déstabilisé pendant la première semaine de fermeture, je me suis ressaisi et j’ai décidé de proposer quelque chose aux parents à qui j’écris régulièrement depuis septembre.

J’ai pensé à différentes activités à faire en ligne. J’ai réfléchi aux interventions qu’il m’était possible de faire. Et j’en suis venu à la conclusion que l’écriture était un bon levier. Je me suis rappelé de certains outils que j’ai présentés sur ce blogue en 2007 comme mon code de correction. Dans ce billet, j’expliquais comment j’allais aider mes nouveaux élèves à apprendre le code de correction pour qu’ils arrivent à écrire un texte directement à l’ordinateur.

Alors, comme première activité, j’ai proposé aux parents de débuter une correspondance avec leurs enfants. C’était l’activité pédagogique qui, à mon avis, me permettait le plus d’enseigner quelque chose à distance.

J’ai mentionné aux parents de ne pas corriger les messages avant de me les envoyer. Pour que mon intervention fonctionne correctement, je voulais pouvoir faire la révision du texte des enfants moi-même et, par la même occasion, leur faire de petits commentaires en guise de rétroaction.

La rétroaction est l’élément le plus important de mon intervention à distance. En réagissant à leur texte, je suis en mesure de les guider dans leur correction. Je peux aussi faire des suggestions au niveau du contenu et de la structure de phrase. Je peux également m’ajuster aux capacités des enfants et éviter qu’ils aient à corriger des fautes qui ne sont pas de leur niveau académique. Les parents ne sont pas outillés pour faire cette différenciation. On ne demande pas à un élève de 3e année de corriger son texte avec les mêmes capacités qu’un élève de 6e année.

La réponse des parents est venue assez rapidement et je dois dire que ma proposition a été accueillie très positivement.

J’entretiens donc cette correspondance avec environ vingt élèves depuis cinq semaines. Je vous parle des bénéfices dans mon prochain billet.

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